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On ne veut plus des businessmen

Pour les villageois, la meilleure façon de gagner un peu d'argent est de vendre des produits de la forêt. Comme expliqué dans le film Telluris, ou dans la page de présentation de l'échange en milieu tribal, ce commerce s'apparente à une exploitation pure et simple des villageois par les businessmen présents sur les marchés locaux.
Lorsque les villageois ont demandé qu'on les aide à organiser eux-même la commercialisation des produits forestiers, leur idée première était de ne plus avoir affaire à ces hommes venus de la ville qui les traitent comme des esclaves.

Nous sommes ici sur le marché de Gullu. Gullu est le plus important centre d'échange des 16 villages dans lequels nous travaillons. Le marché a lieu deux foix par semaine. Ici, toutes les transactions sont monétaires.
Avec un peu d'attention, la misère des villageois y est perceptible. Néanmoins, les marchés locaux restent des lieux très fréquentés et appréciés des villageois. La bonne humeur y est générale.

Ne plus vendre au businessmen, comment faire ?

Comme l'ordinaire, le projet de Coopérative s'est développé sur base d'expériences plutôt que sur base d'un modèle tout fait.
En 2008, nous n'avions pas focalisé notre attention sur l'idée de vendre en coopérative, car nous étions largement occupé avec les projets de reforestation et de revaloristaion de la médecine traditionnelle.
Le 4 janvier 2009, l'équipe de Telluris India participe à la réunion de l'assemblée des villageois. Les villageois qui s'y rendent ont l'habitude de venir en groupe. Sur le chemin, ils observent sur les arbres que va bientôt commencer la saison des bers, petits fruits comestibles qui peuvent être vendus aux businessmen sur les marchés locaux.
Avant même la réunion, ils avaient décidé que cette année ils n'iraient pas vendre les bers aux businessmen. Tous les autres villageois présents à la réunion acquiescèrent.
Ils ont ensuite demandé à Telluris si nous soutiendront le projet. Même si nous considérions que c'était un peu de la folie de s'engager subitement dans un tel commerce sans y être préparé ou d'avoir des débouchés sur les marchés urbains, nous avons accepté. Et ce fut une riche expérience.
Le jour même, il fut décidé qu'AVD allait fonctionner comme coopérative et était dès lors responsable de l'achat et de la transformation (pour vendre sur les grands marchés indiens, il faut impérativement sècher, nettoyer et empaqueter les fruits) des bers de tous les villageois de la région.
Il fallait donc règler les question du capital d'investissement, et de l'organisation de l'achat aux villageois. Telluris a accepté d'avancer le capital financier en spécifiant bien que si l'opération devait se répéter, ce sont les villageois (AVD) qui devrait se débrouiller pour constituer le capital, au moins à hauteur de 50%.
Par contre, grâce au système d'échange Epem Depenga, la responsabilité de l'organisation de l'achat incombait totalement à AVD.

Nous voyons ici un SHG du village de Sangoy qui nettoye un champs de riz derrière le CPTC afin de l'utiliser pour le sèchage des bers au soleil. Le travail est bien sûr comptabilisé dans le système Epem Depenga.
Tous les villageois de la région ont adoré (et le mot est faible) cette période où ils travaillaient ensemble, organisaient leur propre affaire au nez et à la barbe des businessmen, et démontraient qu'ils étaient capable de gérer eux même, et même de transformer leurs produits pour une plus-value.

L'achat, le sèchage, le nettoyage et l'empaquetage se sont passés sans réel soucis. Tout le monde a été impressionné par la démarche. Telluris et AVD ont gagné un sérieux coup de reconnaissance.

Les bers prêts à être vendus ont été stockés dans le premier bâtiment du CPTC. Il fallait maintenant trouvé un acheteur...

La revente des bers sur un marché urbain est le rôle de Telluris. Il est évident que les villageois en sont incapables et que ce n'est pas vraiment souhaitable qu'ils soient en contact avec ce monde du business cruel et inhumain à bien des égards.

Avant d'arriver en industrie, chez le consommateur ou dans les ports d'exports, les produits des forêts du Jharkhand passe par toute une série de businessmen. Ici, des businessmen du marché de gros à Ranchi tenu essentiellement par des familles musulmanes.
Au bureau de Telluris India, nous avons changé la casquette de travailleurs sociaux à celle de négociants en fruits sèchés. Bhengra exhibe fierement des échantillons de bers sèchés, emballés sous la marque Telluris !
Nous avons vendu les bers en faisant un bénéfice qui a été intégralement versé aux villageois sur le compte en banque d'AVD.
Succès sur toute la ligne !

En interrogeant les villageois après la clotûre de l'opération, il nous est apparu qu'un des aspects les plus importants pour eux fut le fait que quand ils venaient pour vendre leurs bers au CPTC, ils avaient à faire avec un des leurs. Quelqu'un qui comprenant que le villageois se présentant pour vendre ses bers venait de parcourir plusieurs kilomètres avec 30 kilos sur la tête et qui, dès lors, l'accueillait avec un verre d'eau, une chaise à l'ombre et un chaleureux "Joar" (salutation).